Histoire de Loup au Perray-en-Yvelines...
Autrefois, l’hiver était dans nos régions le temps des loups et la Ferme du Petit Port-Royal1 se situait en limite d’une forêt où régnait encore cet animal qui répandait la terreur. Voici un extrait des Mémoires de Pierre Thomas, Sieur du Fossé qui rapporte une histoire qui s’y est déroulée, racontée en 1662 à leur auteur par Coutel, le fermier.
Il y a certaines actions de ces bêtes qui ressemblent fort à celles des hommes les mieux raisonnées. Je fais ici cette remarque à propos de ce qui arriva dans le lieu où je demeurais, qui est peut-être une des choses les plus surprenantes qu’on ait jamais vues. Il est vrai que je n’en ai pas été témoin moi-même. Mais celui qui prenait le soin du ménage de cette ferme, et qui est aussi digne de foi que moi, le vit de ses propres yeux et me le conta avec le dernier étonnement.
Un loup affamé, et sorti de la forêt de Montfort, s’était caché dans une fosse ; et de là il observait le troupeau de la maison pour voir si quelque mouton ne s’en écarterait point, afin de se jeter sur lui. Enfin, une brebis s’étant un peu éloignée, il sortit de son embuscade, et, se jetant brusquement sur elle, il la chargea sur ses épaules et commença à s’enfuir vers la forêt. Le berger, appliqué à regarder d’un autre côté, ne le vit point et pas davantage son chien qu’il tenait attaché à sa ceinture. Mais il arriva alors que Coutel, se trouvant dans un petit pré attenant à la maison et tournant les yeux vers le troupeau, aperçut au loin ce loup qui emportait avec peine cette brebis sur son dos. Dès qu’il eut compris ce qui se passait, il cria de toutes ses forces : « Au loup, au loup ! » en appelant le berger et lui faisant signe de la main, pour lui montrer de quel côté s’enfuyait le voleur. Le berger lâcha dans l’instant son chien et fit grand bruit. Le chien se mit à courir de toutes ses forces après le loup, qui, se voyant poursuivi et sentant que son fardeau était trop lourd pour qu’il eût le temps de regagner la forêt avant d’être rattrapé usa alors d’un artifice, en tous points digne du raisonnement de l’homme. Il jeta à bas sa brebis et, l’ayant, d’un coup de dents, éventrée, il en arracha tous les intestins et la vida entièrement, pour la rendre plus légère, puis, la rechargeant aussitôt sur ses épaules, il eut encore le temps de se sauver dans le bois, avant que le chien et le berger eussent pu lui faire lâcher sa prise. Le maître aussi bien que son berger demeurèrent interdits, tant ils furent étonnés d’une adresse que l’on a peine à s’imaginer chez une bête dépourvue de toute raison...
1 La Ferme du Petit Port-Royal se situait à proximité de l’actuel Etang de Saint-Hubert … Pour en savoir davantage, vous pourrez lire dans le Bulletin Municipal à paraître en février l’article de M. Michel MAZET.
Texte extrait du chapitre XVI dudit ouvrage édité pour la première fois en1877 chez Métérie à Rouen, et réécrit en langue d’aujourd’hui par Patrick BÉGUIN, secrétaire d’HMPY
Le seigneur des bois
Illustration tirée du Dictionnaire de Port-Royal